Estampes digigraphiques

« Au commencement est la trace » note Michel Butor à propos d’Antoni Tàpies. Dans les diptyques que propose Patrice Roger, cette trace est un point de départ ou d’arrivée, un nom, le temps d’une apparition, dont le masque mortuaire ni le temps n’ont rien dévoilé : l’inconnue de la Seine. Regarde la s’offrir, vivante. Image de femme au visage apaisé, sourire de Joconde, les paupières fermées transpercées par un regard qui sonde l’artiste ou le spectateur et dont la chevelure modèle la toilette des femmes du début du siècle précédent.
Masquer ou éliminer le masque. Résurgence dans notre siècle par ce travail en douze figures qui masquent la trace du temps, marquent une empreinte picturale, jouent une partition de notre temps, « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Sur des tempos successifs, l’histoire – car c’en est bien une qui invite le spectateur à la construire et la déconstruire aussitôt - ne révèle pas. Elle imprime par le masque du visage, sa silhouette, ses traits obscurs ou sa lumière zébrée, ce que le corps ne dit pas et, dans l’empreinte de la scène, une écriture fluide du passage de l’artiste. Un passage tel un glissement. Les passages d’un visage mouvant. Un dialogue d’images où l’homme et son vocabulaire imaginaire s’inscrivent sur notre histoire ou sa représentation. Une histoire à la fois singulière et collective qui glisse au sein de l’image, de portrait en portrait, l’offrande d’un regard transformé. Un hommage masqué aux femmes et une empreinte. Sa trace.
Yves Doazan